Sous
les murs de la ville-forteresse
de Qadesh, en Syrie, Ramsès II à
la tête d'une puissante armée de
20.000 hommes, s'apprête à
charger l'héréditaire ennemi
hittite. Pharaon présentera plus
tard cette bataille à l'issue
hasardeuse comme une éclatante
et légendaire victoire.
Au plus
fort du combat, Pharaon doute et
lance une prière au plus grand
des dieux, Amon :
"Qu'as-tu
donc, mon père Amon ? Est-ce
d'un père de négliger son fils ?
Me suis-je laissé aller à te
négliger ? N'est-ce point sur
ton ordre que j'agis ou n'agis
point ? Pourquoi te soucies-tu
de ces Asiatiques, cette
racaille qui ignore quelque dieu
que ce soit ?(...) Je crie vers
toi, ô mon père Amon, au milieu
des multitudes que je ne connais
pas(...), alors que je suis tout
seul, qu'il n'y a personne
d'autre avec moi, que mes
fantassins innombrables m'ont
abandonné et que pas un seul
homme de ma charrerie ne se
préoccupe de moi.".


De ce qui
fut Qadesh, puissante cité de
l'Antiquité, il ne reste
aujourd'hui qu'une colline de
décombres dans la plaine
syrienne.

C'est aux portes de
cette forteresse que se déroule,
en 1274 avant J.C., une
formidable bataille opposant
l'armée égyptienne, sous le
commandement de Ramsès II, aux
puissantes forces hittites
(empire d'Anatolie centrale)
dirigés par le roi Mouwatalli.
La bataille de Qadesh marque le
point culminant d'un conflit
vieux de plus d'un siècle entre
l'Égypte et le royaume hittite.
Son enjeu : la domination de la
plaine syrienne, alors plaque
tournante du commerce entre
Euphrate et Méditerranée.
Le Royaume
Hittite, que les Égyptiens
appellent Hatti, est né au XVIIè
siècle, mais sa suprématie ne
s'affirme qu'aux environs de
1350 av J.C., quand, sous la
conduite de Souppilouliouma, les
Hittites s'emparent de la Syrie,
soumettent le Mitanni et gagnent
à leur cause le protectorat
égyptien de Phénicie. D'abord
indifférents à ce trop lointain
voisin, les souverains égyptiens
finissent par s'inquiéter de la
domination hittite grandissante
sur tout le Proche-Orient, et
plusieurs pharaons de la XVIIIè
dynastie, se décidant à réagir,
mènent des expéditions
militaires en direction de la
Syrie. Lorsque Séthi 1er monte
sur le trône d'Égypte en 1293
avant J.C. et que Mouwatalli
accède à celui du Hatti quelques
années plus tard, les deux
royaumes entrent ouvertement en
guerre. Mais deux campagnes
victorieuses de l'Égypte ne
résolvent pas le problème.
Quand le
Jeune Ramsès devient Roi, en
1279 avant J.C., il réfrène son
impatience pendant cinq ans
avant de décider d'en découdre
avec les puissants Hittites. Le
lieu de la bataille ne peut-être
que Qadesh, cité fortifiée
occupant une position
stratégique au débouché de la
vallée qui contrôle la plus
grande partie du commerce entre
Mésopotamie et Méditerranée.
Ramsès II passe le printemps
1274 à préparer son armée, une
armée considérable estimée à
20.000 hommes. Elle se compose
de quatre divisions, baptisées
des noms de grands dieux du
Panthéon égyptien :
Amon, Rê,
Ptah et Seth
Chaque
unité est autonome et comprend
infanterie et chars. Quand à
Pharaon, il est entouré d'une
garde royale formée de soldats
d'élite et de mercenaires,
troupes dont la valeur sera
déterminante aux moments les
plus rudes du combat. Au début
de l'été, l'immense vague de
soldats égyptiens s'ébranle de
Pi-Ramsès, la capitale, en
direction de la frontière
orientale.

L'armée
Hittite fut près de l'emporter,
seuls la détermination de Ramsès
II et le courage de ses soldats
permirent aux égyptiens de
reprendre le dessus et de
défaire provisoirement l'ennemi.
C'est par une fin négociée entre
les deux parties que se termine
en réalité cette bataille sans
vainqueur ni vaincu.
Mais
Pharaon n'a pas ménagé les
efforts pour que l'histoire se
souvienne de cette expédition
militaire unique. Gravée sur les
temples, narrée sur plusieurs
papyrus, cette épopée offre le
beau rôle à Ramsès, car d'une
bataille à l'issue incertaine il
a fait une immense victoire.
16 ans
après la bataille de Qadesh,
Ramsès II, le vainqueur, est
encore sur le trône d'Égypte.
Chez les hittites, son vieux
rival Mouwatalli vient de
mourir, laissant son pays en
proie à une grave crise
dynastique. Hattousil III, leur
nouveau chef, est obligé de
s'allier avec l'Égypte contre
les Assyriens, qui deviennent de
plus en plus menaçants.
En l'an
vingt et un de son règne, le
pharaon Ramsès II signe avec
Hattousil III, le premier traité
international de l'histoire,
mettant fin à 17 ans de guerre.
Pour en arriver là, il a fallu
des circonstances
particulièrement favorables,
sans que Ramsès II en soit la
cause première. D'abord, la mort
de Mouwatalli, le farouche rival
de Qadesh. Ensuite, un fils
bâtard du grand chef,
Ourhi-teshoub, profite de la
confusion pour prendre le
pouvoir sous le nom de Moursil
III, spoliant de ce fait le
frère de Mouwatalli, Hattousil.
Mais ce
dernier parvient à reprendre son
bien et exile ce neveu félon en
Syrie. Devenu très vite
indésirable, Moursil III
s'enfuit en Égypte pour se mette
sous la protection de Ramsès II.
Ce dernier, sais qu'il tient là
une monnaie d'échange de premier
choix. Hattousil III, est de
plus en plus menacé par les
Assyriens et leur nouveau roi
Salmanazar Ier, est conscient du
fait qu'il serait suicidaire de
diviser ses forces.
Il préfère
conclure une entente avec l'un
des deux adversaires, et l'Égypte,
qu'il connait bien, lui semble
le plus approprié. Tout en
demandant l'extradition de
Moursil III, il propose au
pharaon de signer un traité de
paix, que ce dernier accepte.
C'est là un tournant décisif
dans les relations entre l'Égypte
et le Hatti.
